Avernes – Eglise St Lucien
visite du 20 juillet 2026

visite du 20 juillet 2026
L’église Saint Lucien d’Avernes a connu de nombreux remaniements. Classée MH en 1945 son histoire a été traversée par la guerre de 100 ans, les guerres de religion et la révolution. Plusieurs vagues de travaux ont eu lieu à l’époque contemporaine, en particulier concernant le clocher, sa toiture, et sa flèche en 1996. Aujourd’hui il s’agit d’une flèche octogonale couverte d’ardoise, qui se raccorde sur une base tronc pyramidale par 8 pans verticaux ajourés d’outeaux. Le tout s’appuie sur une maçonnerie carrée construite à la croisée du transept et d’une envergure notable pour une église de cette taille. Si les anciennes baies du clocher sont encore visibles aux faîtes des toitures des nef, croisillons et chœur; elles sont murées. Ce clocher ne possède donc pas de baie ouvertes ni d’abat-son.
Un cadran d’horloge indique l’heure sur chacune des quatre façades du clocher.
Au sujet de l’église St Lucien d’Avernes:
On accède à la chambre des cloches par une tourelle d’escalier sise à l’angle du chœur et du croisillon Sud.
Dans la chambre de cloche on retrouve un trou de cloche (Ouest-Sud-Ouest) et deux passages de cordes. De ces trois éléments, seul un passage de corde est visible depuis la croisée du transept. L’ancienne horloge Beignet est présente, démontée, dans un état de corrosion avancé. L’ancienne cahute d’horloge, vide, est au coin Nord-Est.
Le beffroi s’appuie sur deux poutres massives (~400mm) qui reposent au sommet de la maçonnerie des murs Nord et Sud
On y accède par une échelle ancienne mais robuste. Elle mène à un palier intermédiaire qui forme corridor sur les pans Ouest, Nord et Est et dont le plancher est récent. On emprunte ensuite une seconde échelle à l’Est qui débouche sur quatre solives jetés à plat sur les maîtres poutres créant une plateforme qui permet de se tenir sur le côté septentrional du beffroi.
Le beffroi, orienté Est-Ouest, est de facture récente et accueille l’unique cloche en place.
Tout comme l’église, cette cloche a une histoire mouvementée. Elle aurait été échangée à Arronville suite aux saisies révolutionnaires, en contrepartie de la plus grosse des trois cloches d’Avernes qui était cassée. La monographie d’instituteur nous renseigne sur le parcours de cette cloche, ses 3 prédécesseurs, ainsi que les 4 qui les ont précédés. Quoi que l’origine de la cloche est attribuée à Hénonville, ce point est réfuté plus bas.
Classée MH en 1944 elle a été, suivant l’épigraphie, coulée en 1759 par J.B PETIPAS et Dominique THERIOT. J’ai mesuré 1110 mm à la bouche. Elle sonne un Mi.
Elle est équipée, à l’Est, d’un marteau de tintement électromécanique, et à l’ouest d’un moteur et d’une roue de volée. Elle sonne toutes les heures (autant de coups), les demie-heure 1 coup, et les 3 angélus (7h05, 12h05 et 19h05) 3 séries de 3 coups puis une volée de 4 minutes. L’électrification date de 1934 suivant les informations recueillies par M. le maire dans les délibérés du conseil municipal.
Les anses , sans ornement, sont disposées en 2+1, l’anse simple parallèle au joug.
Le joug mécano-soudé est articulé sur deux paliers. Il est cintré mais une entretoise en bois ramène l’axe de rotation au niveau des anses. 4 fers en U bride la cloche. On constate, de part l’observation de points de frappe, ainsi qu’à la disposition des anses et la pose d’une fausse-bélière que la cloche est tournée de 90°.
Le battant très récent est estampillé Bodet. Il est muni d’un baudrier en cuir et d’une chape métallique qui s’articule sur une fausse-bélière. Cette dernière semble avoir été installée à la même époque. La volée est en lancé franc. Les 2 points de frappe interne présentent un zonage qui suggère que l’ancien battant devait avoir un débattement plus large.
Cette cloche présente un bel état de surface quoique quelques petits défauts de fonderie non retouchés apparaissent sur certains décors, en particulier de billes et des infiltrations. L’extrémité de la pince comporte de nombreuses petites ébréchures.
Commence au Sud
P● GUINART F● DELAMOTTE MARGUILLIERS I● B● PETITPAS ET DOMINIQUE THERIOT MON(sic) FAITE
Commence au Nord
✟ LAN 1759 IAI ETE BENITE PAR Mre DENIS CUQUEMELLE CURE DE CETTE PAROISSE ET NOMMEE GUILLEMETTE PAR TRES HAUT ET TRES
☞PUISSANT SEIGNUR(sic) MONSEIGNEUR CLAUDE GUILLAUME TESTU MARQUIS DE BALINCOURT BARON DE BOULOIRE SEIGNEUR DE CETTE PAROISSE
☞St ֹCYR MEROBERT CHATILLON LE ROY ET AUTRES LIEUX GOUVERNEUR DES VILLE ET CITADELLE(sic) DE STRASBOURG MARECHAL DE FRANCE
☞ET PAR TRES HAUTE ET TRES PUISSANTE DAME MADAME MARGUERITE GUILLEMETTE ALLEMAND DE MONTMARTIN SON EPOUSE
unité : mm
~ → marge d’erreur supérieure à 5mm
Bord 78
Bord au point de frappe actuel 74 (5%)
Bord au point de frappe ancien 68 (13%)
Diamètre à la bouche 1110
Diamètre interne au bord ~910
Diamètre externe sous cerveau ~637
Diamètre interne sous cerveau ~555
Hauteur à l’axe ~950
Hauteur au cerveau ~805
Hauteur des anses 155
Tangente 845
Hauteur faussure sur échelle tangentielle ~400
Distance de la faussure a la tangente ~90
Longueur battant totale 1030
Longueur battant au centre de la boule 790
Distance axe-cerveau ~190
Note au coup : Mi un peu haut avec un diapason à 440Hz; ou un Fa un peu bas avec un diapason à 432Hz
Accordage : pas de trace d’accordage constatée
Seule la monographie d’instituteur nous indique une provenance d’Hénonville. Cette commune possède elle aussi une cloche MH : notice Palissy
La cloche d’Henonville est signée des mêmes fondeurs: Petitpas et Theriot, la notice indique une date de 1738 mais cela ne correspond pas à la période d’activité des fondeurs. Une confusion entre 3 et 5 est très probable étant donné la forme quasi-identique de ces deux caractères en capitales romaines. Le nom du curé ayant bénit la cloche est Lefer et non Cuquemelle.
Au sujet de Claude-Guillaume Testu
Sachant que le domaine de Balincourt est aussi situé sur Arronville, et que Hénonville sans en être très éloigné n’est pas non plus limitrophe (séparé par Berville), on peut légitimement se demander si il n’y a pas eu une erreur dans la désignation de la provenance de cette cloche.
Dans l’article page 6 colonne centrale, Eugène Seré Depoin, fondateur de la Société Historique et Archéologique de Pontoise, nous apprend que Denis Cuquemelle était curé d’Arronville. De plus cette information est formellement confirmée par la le registre paroissial d’Arronville à l’année 1759, numérisation disponible aux archives départementales.
Côté Oise on retrouve bien la confirmation que le curée d’Hénonville de l’époque était bien Lefer. Voire p 197 de la numérisation disponible.
Ainsi ma conclusion est que cette cloche provient bel et bien d’Arronville et non pas d’Hénonville.